Emmanuel Macron et la question du temps

Le temps est au cœur de la crise qui secoue nos sociétés occidentales. Cette notion est en lien direct avec celle de l’espace, celle des limites et celle du sens.

 

Depuis fort longtemps, les progrès technologiques s’évertuent à diminuer la contrainte du temps grâce à l’augmentation de la vitesse. Aujourd’hui, l’immédiateté relationnelle et consommatoire offerte par les nouveaux outils de communication la raccourcissent tant qu’ils finissent même par l’annuler. Conjointement, l’espace s’est à la fois élargi et rétréci. En se déplaçant de plus en plus vite, les corps vont de plus en plus loin de plus en plus facilement. A l’échelle de l’ordinateur ou du téléphone portable, les limites de l’espace n’existent même plus. Ainsi, les corps échappent de plus en plus à la réalité d’un espace et d’un temps forcément limitatifs à l’échelle de la matière. Ils perdent leur système de référence habituel et déploient de nouvelles façon d’être, de vivre et d’établir des relations ; ce qui est naturel pour les nouvelles générations l’est beaucoup moins pour les anciennes.

Désormais, l’enjeu est la coexistence de ces deux champs : celui d’une réalité matérielle, lente et limitée et celui d’une réalité virtuelle, rapide et illimitée. Soit, mais que vient faire Emmanuel Macron dans tout cela ?

Il apporte une réponse politique synthétisée dans une seule expression, expression souvent raillée : c’est le fameux « en même temps » qui prône la conciliation de plusieurs choses, semblables ou différentes, contraires voire très antagonistes.

Ainsi, il est à la fois un homme du présent soucieux d’intégrer les avancées technologiques contemporaines mais il est également un homme du passé aimant l’histoire et ses références. Il use à la fois de l’empathie, indispensable à une époque où l’individuel ne cesse d’être valorisé, et de l’autorité liée aux grandes figures paternalistes –ou patriarcales- du passé. Il souhaite à la fois la sécurité et la liberté ; il encense les valeurs individuelles et se réfère aux valeurs collectives notamment lors des célébrations d’événements ou l’utilisation d’objets symboliques (cf. drapeaux dans les écoles). Pour tenter de faire vivre les principes de la sociale démocratie, il alterne entre ces deux mouvements alors que les décisions prises témoignent d’une méconnaissance de « la France des territoires » et de la réalité des situations engageant directement les notions d’espace et de temps (diminution des contributions de l’état aux collectivités locales, désengagement de l’état dans toutes les voies de transports, ralentissement de la vitesse pour les véhicules etc.).

Si la question de l’espace proche a été négligée, la question du temps long a été, elle aussi, mise de côté. Emmanuel Macron a voulu aller vite car notre monde va très vite mais depuis des années, les structures administratives et publiques de notre pays n’ont cessé d’être bouleversées et rien n’a été fait pour offrir un mode d’organisation pérenne, stable. En souhaitant une gestion pragmatique clairement énoncée dans son projet, Emmanuel Macron a donné l’impression de vouloir prendre en compte les vécus différenciés des territoires et des besoins mais au lieu de considérer les conditions particulières inhérentes de chaque espace –notamment celles liées au déplacement-, il a diminué les moyens nécessaires et a ainsi empêché une adaptation pragmatique. En parallèle, en imposant de nouvelles limites financières à ceux qui ne cessent de se restreindre sans limiter les dérives des plus nantis, il a réactivé la déception d’une partie de ses électeurs, certainement les mêmes qui avaient voté François Hollande… De ces différentes manières, il a fragilisé les derniers repères sécurisants en démultipliant les sentiments d’incompréhension, de désordre et de désorganisation. Par cette accélération volontariste et progressiste du temps, il a donc augmenté et concentré les effets du mouvement mais a obtenu l’effet inverse à celui recherché. Au lieu de « Réconcilier la France » – sous-titre de son ouvrage « Révolution »-, il a nourri non seulement la révolte mais surtout la montée des partis prônant l’ancrage dans un territoire ou une identité, la valeur de l’ordre et des limites perçues comme justes et sécurisantes.

Le grand débat a ce mérite : prendre conscience des vécus locaux et des conditions particulières inhérentes à celle d’un corps vivant dans un territoire limité qui, pour l’instant, ne peut se satisfaire d’une vision ou gestion globale, immédiate et déliée négligeant la question des moyens, du temps long et celle du sens des limites imposées. Car l’homme n’échappe pas aux limites de l’espace et du temps comme il ne peut se passer d’une relation de proximité, relation qui est à la base de toute l’organisation cohérente du vivant et qui fait sens. Or le rôle du politique est justement d’organiser les relations dans la cité. Pour le faire au mieux, Emmanuel Macron –comme l’Europe- doit réintégrer cette dimension quotidienne des réalités temporelles, spatiales, sociologiques, économiques et culturelles et « en même temps » lui associer les nouveautés technologiques qui déploient de nouvelles formes relationnelles, de nouveaux rapports au temps et à l’espace. Pour l’instant, il a malheureusement trop valorisé la deuxième conception au détriment de la première.

Le véritable sens de son action et de ses choix se situe désormais dans l’association des deux afin de trouver l’équilibre qui fait défaut et qui nourrit rancoeurs, incompréhensions, déceptions, émotions tristes source de réactions et de d’orientations dangereuses dans de nombreux pays occidentaux. Mais attention, nous ne sommes pas dans le temps des années 30 ; chaque présent est unique, différent. Il concentre en lui des influences diverses. L’action politique ne doit donc pas se référer à un seul moment du passé car elle risque d’en faire une lecture si restreinte qu’elle n’apportera pas au présent des solutions logiques et adaptées. Là encore, l’action publique risquera d’obtenir l’effet inverse à celui recherché…

Emmanuel Macron doit donc « en même temps » concilier plusieurs apports et plusieurs temps afin de déterminer une lecture véritablement novatrice et pragmatique du présent sans craindre les résistances soulevées par ce nouveau mode de pensée car ainsi, il apportera le sens tant attendu par une large part de la population française.

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