Un autre point de vue

A la sortie d’une pièce de théâtre dont le thème était les contes, et plus particulièrement le Petit Poucet, s’est déroulée une discussion avec une jeune adulte. Lorsqu’elle exprima ses impressions, notamment celle d’être « mitigée » car elle n’avait pas toujours suivi le fil du spectacle et qu’elle avait été un peu déroutée, la jeune metteur en scène lui répondit qu’elle n’avait pas cherché à raconter une histoire et qu’il fallait tout simplement se laisser aller. Au fil de la discussion qui continuait, la créatrice livra cependant différentes sources qui pouvaient l’avoir accompagnée dans la réalisation de son projet et son souci de travailler dans la dimension imaginaire avec, notamment, une intention particulière montrée par un tableau proche de la fin: la plongée progressive dans un univers archaïque où tout devient abstrait. Il ne s’agit pas ici de faire une critique de ce spectacle mais de relever le décalage entre les différents protagonistes de la discussion:

– D’une part, les adultes qui se livraient à l’analyse du spectacle et y trouvaient une sens grâce à leurs connaissances et cheminements intellectuels: références culturelles ou psychanalytiques notamment.

– D’autre part la metteur en scène qui avait réalisé de façon très concrète sa vision et ses ressentis individuels et demandait simplement que l’on plonge dans cet univers.

-Enfin, la jeune adulte désarmée par une mise en forme qu’elle jugeait incomplète pour véritablement arriver à lui donner un sens, sens dont elle avait besoin pour apprècier pleinement le propos de la pièce et pouvoir s’y plonger.

En poussant un peu plus loin sa réflexion, il s’avère que la jeune adulte finit par exprimer clairement qu’elle n’avait pas besoin d’une histoire au sens classique du terme (une succession d’événements ordonnés de façon linéaire) mais que les liens entre les différents tableaux soient suffisamment perceptibles afin que le tout ait un sens.

Cette jeune adulte a raison, sortir du linéaire c’est déconstruire le lien à l’histoire et à la réalité d’une succession ordonnée mais cela exige le remplacement par un système où le Tout et les parties étant interdépendants la cohésion repose avant tout sur la logique des liens qui les relient (l’inverse étant la dispersion, la désorganisation voire le chaos). Dans ce spectacle, les liens étaient évidents pour la metteur en scène car elle était au coeur de sa propre histoire lorsqu’elle élaborait son projet mais demander au public de se laisser-aller réduit malheureusement la place d’une question fondamentale: celle de la présence et de la qualité des liens nécessaires à la cohérence et donc à la compréhension de l’ensemble.

Les souffrances multiples de nos sociétés contemporaines sont issus de ces difficultés à trouver les modalités de ce nouveau système d’organisation qui repose sur des liens logiques clairs et pragmatiques. Et ce n’est pas le retour aux anciennes formes, aux anciens modèles théoriques, trop intellectualisés ou à la rigidification des procédures et des relations qui en sera la solution.

Cette jeune adulte a raison: si l’on se pose de bonnes questions et notamment celle du sens et de la valeur des liens non linéaires , on pense ce qui est en train de se faire sous un angle nouveau et alors, beaucoup de choses sont à réinventer: que de projets pour la jeunesse!

Simandres, le 14 octobre 2016

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